biographie
Vie abrégée de l'auteur d é g u i sé e en réflexion sur la vie?


Retour à Marco Polo ou le voyage imaginaire



Je suis né à St-Félicien près du Lac Saint-Jean dans cette fédération que l'on nomme encore le Canada. Je me suis évadé très jeune du village trop étroit à mon goût, et non du zoo puisqu'il n'existait pas encore à cette époque. Depuis, j'erre en compagnie des fauves., sur les poussières du monde, avec comme seul bagage, le plaisir d'être libre.






A 6 ans, je servais déjà la messe, et l'indigestion pour les choses de l'église est venue très tôt, d'en avoir abusé trop. C'est à ce moment que j'ai fait la connaissance précoce, sous l'impulsion de ma mère, de l'insoutenable chant des mères pleureuses.

Mes souvenirs d'enfance sont faits d'impressions fugitives de jeux périlleux, d'aventures extraordinaires, d'amourettes fugitives, de l'école et de ma passion d'apprendre, de rencontres avec de belles cousines annonçant les premiers sursauts de mon appareillage sexuel , des pleurs de ma mère devant mes frasques infantiles, de la présence résignée de mon père.



A 15 ans déjà, je traînais ma première valise, pleine de gâteries, de vêtements parfumés et bien rangés, agrémentés de médailles saintes cousues par ma mère dans des endroits secrets de mes chemises et de mes slips. Je prenais la direction de Chambly pour y réaliser le rêve de ma Sainte-Mère, devenir prêtre. Je n'y ai fais qu'une année, mes intentions réelles n'ayant pu déjouer la perspicacité de mes geôliers du temps les Oblats de Marie Immaculée. J'ai cependant eu un premier contact avec Montréal la grande ville, qui devait devenir par la suite, mon ultime champ de bataille.





Ma mère qui me poussait vers les choses ennuyeuses du Ciel, m'avait fait découvrir sans le vouloir, les merveilles de l'Enfer, que je ne voudrais plus quitter par la suite.
A la recherche de ma propre voie, j'ai pérégriné dans divers collèges aux quatre coins du Québec, ballotté entre les déceptions successives de ma mère et une certaine quête d'absolu.



C'est au Collège Notre-Dame de Roberval que j'ai fait connaissance pour la première fois de l'un de ces conscientiseurs professionnels qui font aujourd'hui la loi dans notre société néo-cléricale. Suite à une péritonite aiguë qui m'a retenu un mois à l'hôpital, il annonçait ma mort provoquée par un début de vie corrompue à un auditoire d'élèves ahuris réunis dans la grande salle comme c'était l'usage une fois la semaine. L'exorcisme hebdomadaire visait à nous prémunir de la débauche par la description des signes eschatologiques accompagnant la mort dans le péché.

C'est aussi au cours de ce périple inutile que j'ai pu maîtriser aussi bien qu'une secrétaire chevronnée, le langage Querty qui me vaut aujourd'hui de n'avoir pas la peur immodérée des gens de mon âge pour l'Ordinateur.

J'ai fait un stage d'une année au Collège Roussin où j'ai pu approfondir certaines connaissances utiles pour un jeune homme qui entreprend le long chemin de la vie. J'ai ainsi fréquenté le Mocambo, le Café de l'est et les bars à filles de la rue Saint-Laurent où j'ai vu un show de Lily St-Cyr et goûté pour la première fois aux plaisirs de l'Enfer.






Mes vaines tentatives d'obtenir mon entrée à l'école d'architecture m'ont mené à l'Université de Sherbrooke pour une année, perdue. De là, sous l'impulsion de ces confrères à l'âme d'ingénieur, je me suis engagé pour trois étés dans le "Canadian Officer Training Corps" à la recherche de sensations fortes.




Là, j'ai pu mettre en pratique, mes connaissances récentes dans l'art du charme et de l'exploit sentimental au pied des divines rocheuses canadiennes et dans un bled infect d'Ontario. Dans le triste ennui des "mess d'officiers", j'ai écrit mes premières poésies sous l'influence du jazz, de l'alcool et des femmes. Je remercie aussi l'armée de m'avoir appris à dynamiter les ponts ce qui aurait du être utile et de m'avoir permis de réaliser ce premier contact réel avec la bêtise humaine.






Incapable de vaincre les réticences des recruteurs de l'école d'architecture, j'ai fait un stage de deux ans au Mont Saint-Louis. J'y ai fait l'apprentissage de la philosophie et de la guérilla urbaine ayant déjà passé pour la troisième fois à travers tous les autres sujets de connaissance disponibles dans les collèges de la sainte province.

Je me souviens d'avoir fomenté une certaine rébellion au sein du collège en poussant le conseil étudiant à supporter les efforts d'un groupe de protestataires qui faisaient le pied de grue devant le bureau de Maurice Duplessis, le potentat politique de l'époque.


J'ai alors appris l'art subtil de l'agitation qui consiste à envoyer les autres à la barricade sans se mouiller afin de se préserver pour les bagarres à venir. Depuis lors, je comprends comment et pourquoi, les exécutants écopent alors que les leaders demeurent intouchables.

Ce périple m'a aussi permis, sous l'impulsion de mon professeur de philosophie, de vaincre les interdits de l'époque qui devaient nous protéger des influences néfastes de la littérature universelle. C'est ainsi que je me suis tapé avec une frénésie passionnelle, les livres "à l'index" qui moisissaient sous les combles du collège. Ce professeur était ainsi le premier à pouvoir interpréter mes angoisses existentielles comme une expression de maturité apte à vaincre tous les interdits. C'était là peut-être mon premier apprentissage de la réelle liberté qui est celle de connaître et de comprendre la liberté des autres.



J'aboutis enfin à l'école d'Architecture après avoir vaincu par acharnement, toutes les contraintes d'un système éducatif élitiste. J'ai vécu là les cinq années académiques les plus stimulantes de ma vie. Je vivais à cheval entre mes préoccupations architecturales et celles des beaux-arts dont l'édifice voisinait le nôtre. Pour venger l'entêtement des autorités à vouloir m'interdire l'accès de leur école de n'avoir pas fait mes humanités, j'ai réalisé la meilleure performance académique de ma promotion. J'étais en Europe lors de mon couronnement faisant un pied de nez aux autorités. C'est devenu depuis l'un de mes sports favori.

C'est durant ces années que je me suis lancé dans le mouvement d'appui à l'indépendance du Québec. Peut-être m'y sentais-je à l'aise parce qu'étant alors l'expression d'une minorité de contestataires, je pouvais être du mauvais côté de la route et réaliser ainsi mes sourdes impulsions.

Si j'analyse aujourd'hui le mouvement souverainiste, l'insistance des groupuscules syndicaux, féministes, communautaires et autres à investir cette idée s'apparente plus à mes yeux à une stratégie de réaliser sous le couvert d'un mouvement populaire, l'idéal social démocrate qu'ils ne peuvent réaliser à visage découvert sous l'emblème du NPD. Pour reconfigurer le paysage politique d'une façon qui soit conforme à la réalité, il faudra bien ressusciter un jour le parti social-démocrate pour redonner à ces groupes une plate-forme qui les représente. Ainsi ou pourra les élire pour un mandat de quatre ans pour mieux les reléguer ensuite aux oubliettes de l'Histoire.

Tout cela il va sans dire, n'a pas fait de moi un fédéraliste. Je n'ai pas hélas, cet émerveillement aveugle généralisé parmi les bien-pensants de la politique, envers les fédéralismes dont celui de la communauté européenne. Les marginaux qui peuplent ce parlement européen, suppléent à leur inutilité politique en votant des lois iniques qui ne visent qu'à niveller dans le sens de leurs dogmes les us et coutumes des nations souveraines. Leur facilité à punir les nations qui permettent la chasse aux phoques n'a d'égal que leur impuissance à empêcher les génocides à leur propre frontière. Le fédéralisme qu'ils incarnent n'est autre chose qu'un nouvel impérialisme traduit dans un vocabulaire politiquement plus acceptable.

A l'instigation de Marie ma nouvelle femme, nous avons effectué un premier voyage dès ma sortie de l'Université en 1963. Ce fut mon premier contact réel avec le monde extérieur au volant d'une "coccinelle". J'apprenais à conduire un véhicule pour la première fois dans les rues de Volsburg. Nous étions partis pour un court et tranquille séjour en Europe. Cela nous a mené seize mois plus tard, aux confins de l'Asie et de l'Afrique, campant sous la tente en Europe, dans les postes de police en Iran et en Irak, sur le pont d'un bateau entre Beyrouth et Alexandrie, sous les étoiles au pied du temple d'Abu Simbel et sur des terres inhospitalières dans la cabine inconfortable de la voiture.




Et depuis ce temps, mes séjours au pays ne sont que des étapes obligées entre mes évasions perpétuelles sur les routes enivrantes du monde.
Mes premières années de pratique architecturale se sont déroulées durant une époque de Renaissance pour Montréal. J'ai pu participer à la construction d'une partie du réseau scolaire, à la réalisation de l'exposition universelle de 1967 et des Olympiques de 1976. Cette époque contraste avec la situation de décadence actuelle qui n'est pas étrangère à l'émergence de la sociale démocratie comme nouvelle religion en remplacement des anciens mythes cléricaux. J'ai également participé pour le compte d'une importante firme d'ingénierie à des travaux importants en Algérie et dans quelques pays d'Afrique de l'Ouest, le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Mali et la Haute-volta aujourd'hui dénommée le Burkina Fasso. Je n'ai pu cependant me réaliser complètement dans le métier d'architecte, ma carrière étant plutôt orientée vers les voyages. Comme dans d'autres domaines et pour accomplir son destin, il faut être son propre patron.






Nous reprenions la route en 1968. Ce second voyage autour du monde, nous a mené ma femme et moi, sur les routes d'Europe de l'Est, d'Afrique du Nord et d'Asie au volant d'une camionnette Volswagen. Cette aventure de dix huit mois nous a permis de faire connaissance avec des civilisations peu encore affectées par les déchets normalisés du "village global" véhiculés par les ténors de la soi-disant civilisation américaine. Nous avons vécu entre-autres, le soulèvement de mai 68, un voyage dans l'irrationnel en Union Soviétique, l'invasion de la Tchécoslovaquie, des révoltes sanglantes en Malaisie et au Pakistan, l'enlisement dans les sables des déserts du sud de l'Iran, l'hiver cruel d'Afghanistan et l'indicible beauté du Japon.
Mes traversées au-delà du rideau de fer m'ont fait réaliser combien l'écart socio-politique entre deux mondes aussi rapprochés physiquement ne pouvait être perpétué artificiellement. L'un de ces mondes devait nécessairement s'écrouler un jour, et mes naïves propensions gauchistes me faisaient pencher vers la chute du système occidental.




Dans mon appréciation de la valeur des systèmes sociaux-politiques, certaines images de mon enfance venaient me hanter et me rappelaient outrageusement l'appréciation que je portais à l'anarchie dans le libéralisme plutôt qu'au confort dans le totalitarisme. J'ai en mémoire ces iconographies représentant le Ciel et l'Enfer. Elles visaient à sensibiliser nos imaginations enfantines à la peur du Mal et à l'effet bénéfique du Bien. Je me souviens que j'affectionnais plus particulièrement les images de l'Enfer plus excitantes et attirantes à mes yeux d'enfant précoce que la triste uniformité hermaphrodite des images du Ciel.

Depuis la chute du mur de Berlin, notre mémoire s'est pourtant éteinte de la vision de ces systèmes qui nient la primauté de l'individu sur toute autre forme d'organisation sociale. Nous laissons les états envahir nos vies, les mères pleureuses manipuler nos choix sociaux, les inquisiteurs de la rectitude politique manipuler nos pensées, les fonctionnaires gérer nos destins, nous recréons à l'Ouest en toute naïveté ce que l'Est à rejeté en toute conscience.

Les systèmes sociaux-politiques de gauche sont incapables de générer la richesse, et ils n'ont d'autre habilité que de gérer la pauvreté. Ils ont un vocabulaire admirable qui fait appel à la solidarité, à la compassion, à l'égalité sociale, des mots derrière lesquels se cache une cynique propension au nivellement dans la pauvreté et l'ignorance.



J'ai ensuite effectué en 1973, un stage d'un an en Afrique occidentale dans un centre de recherche de l'Université d'Abidjan. Ma peur instinctive de la sédentarisation m'a vite fait rencontrer un entrepreneur d'un service des Nations-Unies. J'ai ainsi travaillé à titre d'expert à la planification et à la reconstruction de villages déplacés par les travaux divers des "niveleurs de planètes" financés par la Banque Mondiale et le FMI . J'y ai appris des villageois plus que je n'aurais pu leur apprendre et c'est pourquoi je ne suis pas devenu l'un de ces missionnaires perpétuels des agences internationales qui sont les instruments des basses œuvres de dé-civilisation orchestrées par les dirigeants de ces pays.

Les voyages d'affaires et de loisirs que j'effectue occasionnellement dans ces pays déjà visités me permettent de constater les changements qui s'y produisent, vers une sorte d'aplanissement social, culturel et urbanistique. Je me dis alors que le monde ne vaudra plus la peine d'être vécu et que la mort sera comme une délivrance lorsque ces marchands de bonheur auront réalisé leur rêve d'une village global. À moins, à moins, à moins qu'il y ait toujours, de génération en génération, de ces révolutionnaires, qu'il y ait toujours de ces marginaux, toujours de ces élucubrés, de ces ponks, hippies,.................................................................


A l'aube d'une certaine retraite de la vie active, je n'ai pas cessé de parcourir les routes du monde et des Amériques à la recherche d'une certaine paix, loin des plaintes et des gémissements qui sont le train quotidien de la société dont je suis, hélas. Ainsi j'ai peine à comprendre ces pseudos exilés qui vont peupler les condominiums de Floride et qui s'ennuient de ces murmures agaçants, et qui s'acharnent à les rapatrier sur place.

La sainte paix sur les routes d'Amérique et d'ailleurs, lorsque les caprices des ondes hertziennes viennent brouiller les plaintes qui s'échappent du Québec, et qu'enfin je n'entends plus, je n'entends plus, je n'entends plus, je n'entends plus ......................................................................................................... l'insoutenable chant des mères pleureuses.



Marco Polo ou le voyage imaginaire (Biographie de l'auteur, 1996) © 1996 Jean-Pierre Lapointe

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