Salimata l'africaine.
Acte I d'un conte érotique ayant pour scène le Burkina Faso




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- "Attention, attention, monsieur "Marco" en partance pour Paris sur le vol 435 d'Air Inter, veuillez vous présenter au kiosque d'information s'il vous plaît."

J'avais peine à imaginer entendre ainsi mon nom. J'attendais Sali depuis déjà des heures et je désespérais de la revoir avant mon départ pour Paris.

- "Monsieur "Marco", veuillez vous présenter au kiosque d'information s'il vous plaît."

- "C'est elle, elle est enfin là" me dis-je.



Subitement, mon coeur s'était mis à battre. J'avais presque désespéré qu'elle ne vienne à ce rendez-vous. Mais elle était là, enfin. Comme hier, elle m'avait fait patienter, des heures interminables à l'attendre et à fabuler sur ces derniers moments passés avec elle avant mon départ prématuré pour l'Amérique. J'oubliais subitement cette longue attente sachant que j'allais m'imprégner une autre fois de son corps d'ébène de sensuelle Africaine.

- "Je répète, Monsieur Marco en partance pour Paris, veuillez vous présenter au kiosque d'information s'il vous plaît."

La voix de la speakerine du kiosque d'information se réverbérait sur les parois solides du grand hall; je n'entendais plus que cette voix qui masquait les bruits assourdissants de la foule qui s'agglutinait depuis des heures déjà dans la salle des pas perdus de l'aérogare de Ouagadougou. La voix neutre et fonctionnelle de la préposée au kiosque d'information sonnait à mes oreilles comme une caresse pleine de sensualité. Sali était là tout près, je la touchais presque, je vibrais dans mon corps comme avant l'acte sexuel.


Elle se faisait dénommer Sali mais son nom véritable était Salimata. Je ne la connaissais que depuis hier, mais sa présence m'était familière. Je devais déjà la quitter, avant même de l'avoir vraiment connue. Belle et envoûtante Africaine pour meubler à jamais mes rêves exotiques d'aventures amoureuses.

Elle était là tous les après-midi à la piscine de l'hôtel Ran où je logeais. Je ne lui adressais jamais la parole. Et pourtant elle était devenue une présence familière, et je m'inquiétais intérieurement lorsqu'elle était absente. Elle était devenue une amie que l'on regarde de loin et que l'on voudrait mieux connaître. Petite ondine inhabile, elle essayait de maîtriser les eaux peu profondes de la piscine de l'hôtel Ran, tous les après-midi après 13 heures, durant la sieste quotidienne dont je me privais régulièrement pour la regarder silencieusement étaler son merveilleux corps sombre de jeune africaine. Je l'avais choisi parmi toutes les figurantes de l'étrange aréopage qui fréquentait l'hôtel, les Occidentales pédantes et toujours pressées, les jolies touristes à l'allure égarée, les belles Africaines élégamment apprêtées pour l'amour, les employées nonchalantes, toutes aussi disponibles à succomber à mes pulsions sexuelles; mais j'avais choisi Sali qui ne paraissait pas être là dans ce but, je ne savais pas vraiment pourquoi, mais je l'aimais déjà à distance.

J'étais là, debout et immobile, entouré de mes bagages à main, parmi la foule colorée et indisciplinée qui encombrait le hall principal de l'aérogare de Ouagadougou. J'avais désespéré de la revoir enfin, avant mon départ pour l'Amérique. Elle m'avait donné rendez-vous. Et elle était maintenant là, quelque part parmi cette foule dense et animée. J'avais des frissons d'adolescent et pourtant je le savais, il ne pouvait y avoir au bout de cette rencontre une quelconque aventure sexuelle. Je prenais l'avion ce soir même.

J'avais gaspillé 100 jours de mon temps à faire semblant de coopérer à l'avancement technologique d'une Afrique qui semblait savoir déjà ce qu'elle voulait, et qui se devait d'accepter mon aide et celle de mes compagnons d'entreprise, pour obtenir ces utiles billets verts provenant des agences de coopération internationales.


Tous ces moments d'oisiveté à souhaiter la collision charnelle avec cette fleur, toute noire, parmi toutes ces autres fleurs aux couleurs d'ébène qui essaimaient de partout comme des papillons multicolores jouant et folâtrant à se laisser prendre et qui vous faisaient oublier la banalité de la ville, la tristesse du pays, l'insignifiance du mâle, la poussière qui vous gave la gorge, la bureaucratie tatillonne, jusqu'à la raison d'être de l'Afrique.

Nous avions dîné la veille au restaurant "Le Jardin". Elle m'avait proposé l'endroit; ce premier rendez-vous qui devait nous faire se rencontrer pour la première et hélas, pour la dernière fois. Nous avions mangé, attablés dans un coin discret du jardin. Belle et entreprenante Africaine que j'avais embrassée avec passion. Elle avait, je le sentais, planifié ce moment qu'elle savourait autant que moi.

Je l'avais attendu des heures, impatient dans les jardins de l'hôtel Ran, désespérant qu'elle ne vienne, puis elle était apparue au moment où je n'espérais plus la voir venir, je comprenais enfin que se faire attendre, c'était aussi cela être femme. Elle était radieuse, elle m'avait embrassé comme si nous nous étions connus depuis toujours. Nous avions arpenté les rues sombres et désertes de Ouagadougou, contourné les jardins de l'hôtel Ran, longé le marché désert, traversé les grands boulevards sinistres, contourné la place de la Révolution où ses frères, avait-elle dit d'une voix triste, étaient morts sacrifiés pour une inutile Révolution. Nous avions traversé la ville déserte, main dans la main, cette ville poussiéreuse et anonyme qui nous appartenait que pour une nuit; j'étais redevenu un gamin qui découvrait pour la première fois, la passion charnelle.

Marco Polo ou le voyage imaginaire (Contes et légendes, décembre 1999) © 1999 Jean-Pierre Lapointe
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ACTE II




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