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Les manuscrits de la mère morte
The dead mother scrolls








  
  
            À Jean-Pierre, mon fils chéri



            Lorsque tu liras ces lignes, je serai là-haut avec mon Créateur, je serai alors plus près pour 
le prier pour toi. 
Tous ces souvenirs de mon passage sur terre, je te les laisse, à toi, qui saura bien en faire usage. 
Car malgré tes frasques, je t'ai aimé. 
Malgré les larmes que j'ai versé pour toi, je t'ai toujours aimé.

            Parmi les photos anciennes, il y en a de nous, ton père et moi, alors que nous étions jeunes.
Aussi jeunes que tu l'as été, nous étions comme toi, aventuriers, et amoureux. 
Tu comprendras en les regardant, tu comprendras comment le temps se renouvelle sans altérer les gestes, 
ou l'amour. 
Regarde cette photo de ton père et de moi, nous avions alors vingt ans, sur les pierres de 
la chute à l'ours où tu as eu, toi-même sans doute, une aventure, nous nous sommes aimé ton père et moi.

            Il s'est passé alors quelque chose d'étrange, qui explique la présence de cet objet mystérieux 
que tu trouveras parmi les autres documents. Un objet que j'avais oublié et que j'ai retrouvé dernièrement, 
là parmi tous mes souvenirs. Je n'ai jamais su ce que c'était mais je me souviens très bien dans quelles 
circonstances je l'ai recu. Je sais que tu chercheras à élucider le mystère de cet objet, et que tu réussiras, 
toi qui a toujours voulu aller au fond des choses. 

             Nous quittions les pierres juste en bas de la chute à l'ours, la nuit approchait.
Ton père et moi, nous nous tenions par la main, en amoureux, nous allions bientôt nous marier.
Nous marchions en direction de l'auto quand j'aperçus une étoile dans le ciel qui semblait 
plus scintillante que les autres elle semblait grossir et je m'inquiétais.
Ton père semblait indifférent, plus intéressé à moi.

             Puis la lumière devint plus intense et grosse comme si elle se détachait du ciel de sorte que 
j'ai compris que ce n'était pas une étoile, elle se transformait et prenait comme une forme humaine 
à mesure qu'elle s'approchait de nous, comme si elle venait à notre rencontre. 
Elle s'immobilisa à peu de distance de nous, flottant au-dessus du sol, elle était translucide et 
elle avait la taille d'un homme, j'ai cru alors que c'était un ange, et je le crois encore. 
J'étais surprise mais non inquiète, j'étais attirée vers l'ange par une force intérieure 
qui me poussait vers lui et m'interdisait d'avoir peur. 
J'avais oublié la présence de ton père, l'ange me souriait et semblait m'attirer vers lui.
Il tenait entre ses deux mains, une boule aussi transparente que lui et il semblait m'inviter à la prendre.

             Je m'approchai et je fis le geste de prendre la boule entre mes deux mains, mais chose étrange, 
la boule n'avait aucune consistance et mes mains pénétrèrent la boule comme dans un nuage.
Mes doigts rencontrèrent alors un objet solide qui gisait inerte au centre de la boule, 
un objet que je pris entre mes doigts et que je retirai aussitôt de l'intérieur de la boule. 
Je regardais l'ange dans les yeux, il me souriait comme s'il avait voulu me remercier.
Puis, il s'envola. D'abord lentement, en diagonale vers le haut, puis plus rapidement 
jusqu'à ce que sa lumière ne vienne à se confondre avec les étoiles du ciel qui brillaient 
maintenant dans le ciel noir.

             Nous sommes entrés ton père et moi, il a vite oublié l'incident comme s'il avait voulu 
effacer de sa mémoire un événement qui n'avait pour lui, aucune rationalité.
J'ai pris plus de temps à oublier, je scrutais cet objet étrange qui n'avait aucun équivalent 
dans le monde que je connaissais; dans un boitier en fin métal, un disque brillant avec 
une ouverture en son centre, qui avait la forme, en plus petit, des disques en vinyle 
qui supportaient les chansons de Tino Rossi.

             Puis j'ai oublié, et le disque mystérieux, et les circonstances dans lesquelles je l'avais reçu. 
Jamais je n'aurais osé en parler à quiconque, même pas à tes tantes, ton père me l'interdisait, 
de peur que nous passions pour des gens dérangés.
Je savais qu'un jour, avant de mourir, c'est à toi que je le donnerais. 
Je savais que tu chercherais à comprendre, et que cela te réconcilierais, peut-être, 
avec les mystères divins. 

             Lorsque tu lieras cette lettre, je ne serai plus de ce monde, mais je veillerai toujours sur toi.
			 
			 
             Ta mère qui t'aime malgré tout
	 



    
    
    To Jean-Pierre, my cherished son
    
    When you will read these lines, I will be up there with my Creator, I will then be nearer to him to pray for you. 
     
    All these memories of my passage on earth, I give them to you, you, who will be able to make good use of them. 
    Because in spite of your escapades, I loved you. In spite of the tears that I cry for you, I loved you still. 
    
    Among the old photographs, there are some of us, your father and me, when we were young. As young as you where, 
    we were like you, adventurers, and in love. You will understand by looking at them, 
    you will understand how time is renewed without deteriorating the gestures, love. Look at this photograph 
    of your father and of me, we were teenagers then, on the rocks of the "falls of the bear" where yourself, undoubtedly, 
    had a love affair, we loved ourselves your father and me. 
    
    Then something strange happens, which explains the presence of this mysterious object that you will find 
    among the other documents. An object that I had forgotten and that I found lately, there, among all my memories. 
    I never knowed what it was but I remember very well in what circumstances I received it. 
    I know that you will seek to elucidate the mystery of this object, and that you will succeed, 
    you who always wanted to seek the truth about everything. 
    
    We left the stones right at the bottom of the "falls of the bear", the night was coming. Your father and me, 
    we were holding our hands, we were in love, we were going to marry soon. We walked towards the car when 
    I saw a star in the sky which seemed scintillating more than the others, it seemed to grow bigger and I was afraid. 
    Your father seemed indifferent, more interested in me. 
    
    Then the light became more intense and large as if it detached itself from the sky above, so that I understood 
    that this was not a star, it changed and took a human shape as she approched to us, as if it was coming to us. 
    It stopped at a little distance from us, floating above the ground, it was translucent and it had the size of a man, 
    I then believed it was an angel, and I still believe it. I was surprised but not anxious, I was attracted 
    towards the angel by an interior strenght which pushed me towards him and prevent me from being afraid. 
    I had forgotten the presence of your father, the angel smiled at me and seemed to attract me towards him. 
    He held, between its two hands, a ball as transparent as he himself was and he seemed to invite me to take it. 
    
    I got closer and I made the gesture to take the ball between my two hands, but strangely, the ball had 
    no consistency and my hands penetrated the ball as like in a cloud. My fingers then met a solid object which 
    lay inert in the centre of the ball, an object that I took between my fingers and that I withdrew at once 
    from the interior of the ball. I stared at the angel, he smiled at me as if he wanted to thank me. 
    Then, he flies away. First slowly, diagonally towards the sky, then more quickly until the light comes to merge 
    with the stars which now shone in the black sky. 
    
    We entered, your father and I, he quickly forgot the incident as if wanted to erase from his memory an event 
    which had no sense to him, no rationality. I took more time to forget, I scrutinize this strange object which 
    had no equivalent in the world that I knew; in a case of fine metal, a shining disc with an opening in its center,
    which had the shape, in smaller size, of the vinyl discs that supported the songs of Tino Rossi. 
    
    Then I forgot, and the mysterious disc, and the circumstances in which I had received it. 
    Never I had dared to speak to whoever, even not to your aunts, your father forbids me, for fear that we look 
    like disturbed people. I knew that one day, before I die, I would give it to you. I knew that you would seek 
    to understand, and that would reconcile you, perhaps, with the divine mysteries. 
    
    When you will read this letter, I will be no more in this world, but I will always take care of you. 
    
    
    Your mother who love you despite everything 
    
    			 
    			 
    			 
    








Marco Polo ou le voyage imaginaire (Les manuscrits de la mère morte) © 2004 Jean-Pierre Lapointe


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