Mythologies

Les rêves incestueux de Byblis.



DÉBUT DU RÉCIT


Byblis est étendue nue sur sa couche, Elle est tourmentée et agitée Et fait trembler son corps En glissant ses doigts sur ses seins Sur son ventre et le long de son plexus solaire; Puis elle caresse les lèvres de sa vulve Et se pénètre longuement En gémissant de douleur Plus que de plaisir. Byblis semble tourmentée De cauchemars Ou de jolis rêves qu'elle entretient ainsi Pour tromper ses désirs charnels; Elle se donne du plaisir la nuit Alors qu'elle souffre le martyre éveillée. Byblis rêve Que c'est lui qui la pénètre ainsi, Que ce sont ses doigts qui fouillent Au plus profond de sa vulve, Que c'est Caunus qui la viole ainsi, Le beau Caunus qui est son frère Et qu'elle aime plus qu'un frère D'un amour qui ne se peut entre frère et sœur. Byblis et Caunus sont jumeaux Nés de Cyanée la fille de Méandre; Ils se ressemblent Et sont d'une merveilleuse beauté; Byblis est entraînée par un violent désir Pour son frère Caunus, Qui est plus beau que son aïeul Apollon, Elle l'aime non pas comme une sœur son frère Ni de la façon où elle le devrait. Elle se pare de bijoux pour le voir En s'inquiétant de paraître toujours belle Et si quelque femme plus belle qu'elle Se trouve là avec son frère Elle en est jalouse, Comme une épouse envers son époux Ou une maîtresse trompée. Elle aime son frère Caunus D'un amour qui ne se peut entre sœur et frère. Au début, Byblis est ignorante du sentiment Qu'elle entretient pour ce frère, Elle ne pense pas commettre une faute Parce qu'elle unit trop souvent Ses lèvres aux siennes Et qu'elle entoure de ses bras Le cou de son frère; Elle est ainsi abusée par les apparences trompeuses D'une affection qui lui semble légitime, Mais peu à peu cet amour dévie Et dans son cœur, C'est un bouillonnement de passion charnelle Qui s'éveille. Elle déteste se faire dire, sœur Et préfère qu'il l'appelle Byblis Elle ne l'appelle plus mon frère Et dit plutôt mon maître, Elle évite tout ce qui peut laisser croire Qu'il est son frère et qu'elle est sa sœur. Éveillée, elle n'ose pas encore Laisser son esprit caresser Des espoirs impudiques, Elle est discrète et évite de laisser paraître Ce qui afflige son cœur. Souvent dans son sommeil Elle voit ce qu'elle aime Alors qu'elle s'unit à son frère, Mais au réveil Elle en rougit de honte; Elle revoit l'image de celui Qui a visité son sommeil Et s'étonne d'y voir l'image de son frère. Et malheureuse elle se dit: "Que veut dire cette vision Dans le silence de la nuit Et combien je voudrais l'aimer S'il n'était pas mon frère? Mais je suis sa sœur Et je ne veux éveillée, Commettre rien de tel." "Mais j'ai tel plaisir à me souvenir De la volupté de mes nuits De la jouissance sur ma couche Et des frissons au plus profond de mes chairs, Que je prie que ces rêves trop brefs Me visitent à nouveau toutes les nuits." "Que je voudrais Caunus Changer de nom pour pouvoir m'unir à toi; Les dieux sont plus favorisés Eux qui ont possédé leurs sœurs!" "Que ne voudrais-je périr Plutôt que de commettre cette faute, Pour que morte, Caunus mon frère Prodigue à mon cadavre ses baisers!" "Et si c'était lui qui, le premier, S'était épris d'amour pour moi, Peut-être pourrais-je sans pécher Céder à ses ardeurs?" "Que je voudrais lui déclarer mon amour Mais la honte m'empêche de parler! Peut-être que secrètement une lettre, Lui ferait mieux l'aveu de mes feux cachés?" Byblis est séduite par cette idée, Elle écrit donc une lettre à son frère Qu'elle fait déposer par sa servante à son chevet, Et qui se lit ainsi: "Qu'elle honte j'ai de me nommer! J'ai tout fait pour me guérir De ma folle ardeur Mais je suis vaincue et forcée de l'avouer Et de toi seul peut venir Le salut ou la perte de celle qui t'aime." "C'est une femme qui te parle ainsi Et non une sœur si proche de toi Qu'elle souhaite l'être davantage Et de s'unir à toi tel un époux. Les étreintes, les baisers, les tendresses que nous échangeons sous le couvert d'affection fraternelle Dissimulent un amour plus profond Et ce qui manque à notre union." "Prends en pitié celle qui t'aime Et dont la passion rendue au paroxysme La contraint à te déclarer cet amour téméraire; Je ne mérite pas, Caunus, par ton refus, Que tu sois l'auteur de ma mort." La colère de Caunus est immense En lisant la lettre de sa sœur, Il s'en prend à la messagère Et sur le champs il la viole. Rempli de honte, il ignore les sentiments de Byblis. Caunus décide de fuir sa patrie Plutôt que de tuer sa sœur Il croit tuer ainsi le désir chez elle, Il s'en va sur une terre étrangère Jeter les fondations de relations moins sacrilèges. L'on a dit que la fille de Miletus Fut plongée dans le désespoir Et qu'elle perdit la raison; Prise de fureur Elle déchira sa robe et découvrit sa poitrine Et elle meurtrit de coups son corps, Puis elle abandonna sa patrie Pour suivre les traces de son frère fugitif, Elle n'a pas été revue depuis dans le pays de son père. Byblis est étendue nue sur sa couche Elle est tourmentée et agitée, Et il ne cesse de faire trembler son corps En glissant ses doigts sur ses seins sur son ventre et le long de son plexus solaire Puis il embrasse les lèvres de sa vulve Et il la pénètre longuement En la faisant gémir de plaisir Plus que d'amour. Ils se sont rencontrés la veille Dans un bouge du pays des Cariens, Et ils ont copulé toute la nuit, Puis ils se sont reposés après l'effort Et elle lui a demandé son nom: "Je m'appelle Caunus et toi?" Et Byblis lui dit: "Tiens, j'avais un frère, Mais ma mémoire n'est pas très fidèle Je crois qu'il s'appelait Caunus également Moi mon nom est Byblis." En entendant ces mots, Caunus quitte précipitamment Byblis Sans jamais lui donner de raison, Et on ne l'a jamais revu depuis. N'est-il jamais venu à l'esprit de Byblis Cette nuit-là, qu'elle a partagé sa couche Avec ce frère tant aimé? Byblis n'a de cesse d'accueillir les offrandes Des mâles aventureux qui errent indolents Par les contrées de Limyré, de Lycie ou de Cragos Elle ferme alors les yeux et imagine Qu'elle se gave du sperme envoûtant de Caunus. "Ainsi jeunes filles, je vous le dit, Rêvez, fermez les yeux, savourez et aimez Mais retenez de l'histoire de Byblis De ne vous en tenir Qu'aux amours permises."



Marco Polo ou le voyage imaginaire (Mythologies octobre 1999) © 1999 Jean-Pierre Lapointe
Ovide et les métamorphoses ainsi que les œuvres des grands-maîtres, musique Yokubota.


RETOUR AU CHOIX DES ITINÉRAIRES MYTHOLOGIQUES



317,000 + INF