le pays incertain
escales poétiques


CHOIX DES ESCALES


Diverses escales poétiques:

Le pays triste.

Le pays............................................. parle

nous reprendrons........................................................... les devins

ma mère...................................... la mère.

la machine unilingue.



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Le Pays triste

j'erre en compagnie des fauves
l'intestin pris aux branches du ciel
de magistrals enjambements vers le soleil
les gueules de crocodiles aux klaxons
je radote des prières au vent
vent de veines au matin dégarni
gargarismes de saxophones
pluies de soupe au voyage
arrêt de pied au partage putain



j'irai dormir dans les bleuets
la nuit sur mon sexe dégarni
j'irai la soif tristesse au derrière
la paterne de main couteau au coeur
je dormirai dans les bleuets
le ventre ouvert au sang des lunes
la main pendue au ruisseau des rêves
j'irai mourir au pays triste
mourir dans les cordes du rêve.


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Le pays

j'aurais aimé dire le pays
le raconter ou me l'entendre parler
j'aurais aimé du pays
j'aurais aimé le raconter
mais le pays ne m'appartiens pas
et ce pays ne me connais pas
je suis citoyen d'Irak
citoyen d'égypte d'Israël
je suis turque mahométan
noir du rio grande



je suis de là-bas
point d'ici
je suis de partout
point d'ici
je suis étranger
point d'ici
et pourtant j'habite le pays
qui n'est pas mon pays
j'habite un pays


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parle



parle pour que les mots n'aient pas à
te reprocher

pour vider les tripes de
ta colère

parle sur le ton yankee propriétaire avaleur
d'espace

parle sur ta faim le droit à travailler à marcher sur
ton sol

à choisir tes ennemis ta morale la langue de
tes blasphèmes

à choisir ta façon de mourir de t'engraisser de mesurer
tes pas

parle



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nous reprendrons

la vie se reprendra
d'un bout à l'autre
après l'effritement
des contradictions
après l'effondrement
des sémaphores
la vie fera peau neuve
demains perlés
demains perlés
nous reprendrons
les rivages yankées



arrachés à la mine
de nos pères
nous reprendrons l'herbe
sous nos pieds
nos femmes adultères
au rêve Néfertiti
nos torturés
au dollar Pharaon
nos mutilés au bouclier
de leur Reine
nous reprendrons
nos moutons
quitte à couvrir nos cadavres
jusqu'à Haarlem
nègres
aux carreaux.


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les devins

laissons parler les devins
ils ergotent nos lendemains
les tueries de dimanches matraqués
les devins
les rangés à la gloire de dieu le père
laissez parler nos aînés
les matraqueurs de dimanches fleuris
nos bien assis à la gloire de Cette Majesté
parlez les papas à scrutin
les mamans en pleurs
la morale à l'estrousse d'élections truquées



parlez parlez
les démocrates de pacotilles
façadeurs discoureurs moraloiseux
religieusots
enfants de Marillards
sermoneux
réglementeuses
parlez toutes vos tripes
criez vos puretés d'entrailles
on ne vous qu'en enterrera mieux


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ma mère......



elle est belle la mère
belle au sourire d'aube
crédule et naïve
plaintive et module
la mère
la mère des chapelets
aux doigts ridés
la mère de finesse
mère tendre
archange
mère de pleurs
et de joies
mère de larmes
longues et inutiles
la mère divine
et caresse
la mère d'ici
ma mère.


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la mère......



la mère qui pleure toute seule
pour l'enfant d'elle
la belle dame de Dieu
là-bas sur le prie-dieu du ciel

la mère aux doigts de chapelet
aux prières d'ange
la belle prière naïve
qu'attire l'ange du ciel.

la mère aux lèvres d'extase
la mère de Dieu
la mère de ceux qui pèchent
la mère de nous tous.


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la machine unilingue



Je parle et soudainement tout s'arrête
la machine s'est arrêtée
elle se nourrit d'une autre langue
je suis la langue qui ne nourrit pas
je suis la machine immobile
je suis langue morte

Certains parlant ma langue
refusent cet état de chose
ils revendiquent une machine à leur langue
une machine à la mesure de leur langue
ils se révoltent contre la machine existante
ils détruisent la machine

Mais la machine se protège elle se barricade
elle se nourrira de sa langue
ou du sang de l'autre langue
c'est une machine puissante
parlant une langue puissante
la langue yankee

Certains autres parlant ma langue
appuient cet état de chose
délégués qu'ils sont de la machine puissante
ils imaginent comme stratagème
la machine se nourrissant des deux langues
sans pour autant en changer la nature

Ainsi nous apprenons la langue de la machine
croyant la servir dans les deux langues
nous la nourrissons dans sa propre langue
jusqu'au jour où décrouvrant qu'elle n'assimile que la sienne
nous désapprenons la nôtre de langue

Aussi rétablissons les situations

ou j'aurai crié pour rien.......



Marco Polo ou le voyage imaginaire (poésie: la machine unilingue, 1960) © 1996 Jean-Pierre Lapointe



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