Un conte de Noel à Kuching en Sarawak le pays des chats et l'île qui était presqu'une île au trésor.


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Un conte de Noël

L'île qui était presqu'une île au trésor.

Ce matin-là, nous quittions Kuching, la ville 
habitée par des chats, des chattes et des chatons.

Sur l'avis d'un maître-chat, une sorte de chaman, 
nous entreprenions une excursion sur la rivière Sarawak en direction de la presqu'île de Bako 
qui n'était pas habitée disait-on par des chats, ni par des chattes ni par des chatons.
.
Là, on nous avait affirmé qu'il y avait un trésor caché et  que la chasse au trésor était ouverte à tous 
y compris à nous aventuriers venus de l'autre côté de cette planète habitée par des chats nous 
qui n'étions pas des chats mais des chasseurs de trésors.
.
Tout au long de la rivière, il y avait des cabanes, les pieds dans l'eau, qui n'étaient pas des châteaux 
et qui abritaient disait-on, des chasseurs de trésors qui n'étaient ni chats ni chasseurs d'autre chose 
que de trésors.
.
Partout, d'étranges structures en forme de déricks jalonnaient la rivière,  semble-t'il 
à la recherche du trésor de l'île au trésor qui était presqu'une île. 
Ces chasseurs de trésors bien que charmeurs, ignoraient sans doute que le trésor 
se trouvait dans la presqu'île et non au fond de la rivière, 
ils n'avaient pas le flair qu'ont les chats pour la chasse.
.
Après avoir longé la rivière,  vaincu les vagues de l'océan et affronté sans dommages les récifs 
et les falaises, nous abordions enfin l'île au trésor. 
.
C'est avec une certaine anxiété que j'abordai la plage, les pieds dans l'eau la vase et le varech 
et que j'atteignis enfin la lisière de la jungle qui cachait tous les mystères de l'île et aussi son trésor.
.
Notre première rencontre avec les habitants de l'île m'avait un peu surpris. 
Ils habitaient au sommet des arbres. Ce n'étaient ni des chats ni des chattes ni des chatons 
mais des singes-nasiques, une étrange peuplade de la jungle. Bien qu'ils devaient savoir 
que nous venions dans le seul but de dérober leur trésor ils furent charmants 
et ils nous accueillirent avec chaleur.
.
Nous avons commencé l'exploration  de l'île par cette partie qui présentait un aspect sauvage,
nous avons longé la mer qui était à marée basse et nous nous sommes enfoncé dans la forêt 
parcourant des sentiers difficiles et jonchés de ronces et de racines. 
.
J'abandonnai très vite cette difficile escalade mais d'autres explorateurs ayant accompli 
le périple jusqu'au bout nous dirent avoir croisé un nasique-chamanique 
qui leur a laissé entendre que le trésor tant convoité pouvait se trouver ailleurs.
Chacun prit bien note de cet aveu chaleureux. 
.
Nous avons ainsi cheminé vers cette autre partie de l'île croisant ici et là des habitants 
qui n'étaient ni chats ni chattes ni chatons ni nasiques, 
.
dont certains faisaient d'étranges singeries pour nous narguer, 
. 
d'autres faisaient semblant de dormir pour nous charmer, 
.
d'autres tentaient de nous serrer la pince, d'autres qui étaient sans doute les esclaves des nasiques 
labouraient les champs avec leur nez, tous semblaient à la recherche du trésor. 
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Ils étaient semble-t'il mal informés de l'objet de leur chasse.
.
Puis au bout du périple, là où tous se ravitaillaient et prenaient du repos, j'ai croisé 
un habitant isolé qui m'apparut suspect et je l'ai suivi tout au long de sa chasse au trésor,
étant persuadé qu'il avait flairé la présence du trésor  ou de ce qui lui paraissait être un trésor.
.
Ce n'était pas un chat mais un sinsge chapardeur, qui fit des trésors d'ingéniosité 
pour s'emparer du contenu de la besace de l'un des aventuriers explorateurs 
.
et il s'enfuit hors de portée de toute chasse, dans un endroit inacessible 
et il dégusta avec appétit nourriture et emballage tout à la fois.
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Au moment du départ je déambulais sur la plage en réfléchissant à notre échec de chasseurs 
de trésors puis j'ai compris que le trésor de l'île n'était pas dans l'île qui n'était qu'une presqu'île,
. 
que cette presqu'île était reliée à la terre des chats, que la terre des chats était liée à ma propre terre, 
que la nature avait voulu qu'une simple particule de conscience avait évolué  jusqu'à devenir un atome, 
une molécule, de la matière, puis des nasiques, des singes, des chats, des chattes et des chatons 
.
et jusqu'à l'être humain que j'étais,  conscient que le trésor de l'île n'était plus dans l'île,
qu'il reposait tout au fond de moi-même avec la conscience de pouvoir apprécier  
la beauté et les mystères de cette planète qui a pour nom, « terre ».
.




Marco Polo ou le voyage imaginaire (Contes et légendes, 2016) © 2016 Jean-Pierre Lapointe


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