Les chemins de Katmandu.

A notre arrivée dans la vallée de Katmandu venant des Indes par le col tortueux de Simra, un palmiste interroge les signes de la main de Marie pour y découvrir de mystérieuses aventures à venir.


(pour profiter au maximum du voyage, attendez patiemment l'éclosion des images et de la trame musicale)

Carte montrant la traversée de l'Inde, du Népal et du Ceylan (maintenant désigné du beau nom de Sri Lanka): entrée par Ferozopore le 9 février 1969, sortie par Madras en direction de la Malaisie le 10 mai 1969.


27 février, Birganj et l'entrée au Népal
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Traversée du col de Simra, route sinueuse et dangereuse construite par l'Inde. Des réfugiés tibétains chassés par les maoistes et qui envahissent la vallée de Katmandu.

La route pour Katmandu restera sur notre livre de bord comme le plus long col de montagne jamais traversé durant ce voyage, 200 kilomètres franchis de 8 heures du matin à 3 heures de l'après-midi. Sept heures de route sinueuse, mais bordée d'un paysage merveilleux. On ne se surprend pas que la pays ait été si longtemps fermé aux visiteurs étrangers. L'accès en est très difficile. Nous contournons des cols dangereux, et croisons des bus surchargés de passagers qui s'agglutinent aux portières, aux fenêtres et jusque sur les toits. Le bus tangue dangereusement vers le précipice ce qui n'empêche pas le conducteur de filer à vive allure, sans que ne se manifeste la moindre crainte sur les visages des passagers. Vous pourrez lire dans les journaux locaux du lendemain qu'un bus est tombé dans le ravin, il y aura eu cinquante morts et la vie suivra son cours. C'est ainsi qu'on se familiarise avec le principe de la réincarnation la vie n'étant pour ces gens rien d'autre qu'un produit de consommation facilement renouvelable.
Nous évitons avec adresse des tas de petites pierres disposées là par des travailleuses. Elles cassent la pierre à l'aide d'un petit marteau, travail pénible et fastidieux qu'elles exécutent toujours habillées de leurs flamboyants saris et portant leur bébé sur le dos. J'ai une sorte de gêne à utiliser la route, à croiser sans m'arrêter, ces femmes belles et laborieuses qui entretiennent de leurs doigts délicats la route qui mène à Katmandu.
Au loin, la ligne blanche des Himalayas se profile à l'horizon parmi laquelle trône l'Everest tout petit vu d'ici.

L'arrivée dans la vallée de Katmandu nous laisse sur notre appétit. Nous faisons d'abord connaissance avec la nouvelle ville, sans saveur. Nous ne rencontrons pas la colonie des amis, escomptée. Ce n'est que le soir que nous découvrirons la vieille ville, ses palais et ses temples, les cafés bondés de hippies, un ami rencontré ailleurs à la frontière de l'Inde.

28 février, Katmandu (Kantipur)
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Katmandu, le temple Swayambunath, sanctuaire bouddhiste entouré de temples, de reliquaires, de sanctuaires et d'autres maisons de Dieu dédiées au culte hindou. L'imposant Chaitya escalade les treize ciels en épiant d'en haut cette profusion de divinités inférieures; les yeux inquisiteurs du Buddha peints sur ses quatre faces.

Visite du temple Swayambunath situé à quelques kilomètres à l'ouest de Katmandu. Pour s'y rendre nous traversons des camps de réfugiés tibétains; ces camps sont nombreux et se retrouvent autour des temples. On accède au temple par un long escalier de plus de 500 marches flanquées d'une haie d'honneur composée de sculptures, de griffons, de démons, de perroquets, de dragons tout aussi effrayants les uns que les autres. Les yeux du bouddha sont peints sur les quatre faces de l'aiguille recouverte d'or ce qui donne un effet impressionnant. Il y a une multitude de moulins à prière dont un gigantesque qui fait bien 2 mètres de haut. Les fidèles circulent en ligne en faisant tourner ces rouleaux dans le sens des aiguilles d'une montre. Dans le sanctuaire, la lumière d'Adi Bouddha brûle en permanence et les croyants viennent embrasser les empreintes des pieds du Gautama gravées dans la pierre. Le temple est indifféremment dédié à Siva et à Bouddha réunissant sans discrimination les deux confessions. Seuls les animaux (les singes, les vaches, les chèvres) ont accès au sanctuaire qui nous est interdit, pauvres humains. Les singes nous le font bien savoir eux qui nous repoussent avec arrogance mais qui n'ont aucun scrupule à quémander ou à nous chaparder. De véritables conscrits de la social-démocratie. Atmosphère d'une grande étrangeté.

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A notre retour du temple, nous trouvons enfin à la limite de Katmandu les quelques bars où se tiennent dans le plus grand désoeuvrement les hippies qui ont su atteindre le bout de la "Route de Katmandu". Nous y cherchons des amis rencontrés sur les routes d'Asie; nous renouons connaissance et nous nous quittons rapidement n'ayant aucun atome crochu avec cette faune.

1 mars, environs de Katmandu
. Le Bodh Nath Stûpa. Un tumulus bouddhiste sacré qui possède un autel vieux de 2000 ans autour duquel est inscrite la phrase suivante: "Om Mane Padme Hûm".
le Pashupati Nath et l'immense statue plaquée or de Nandi, le taureau sacré. Lieu sacré des hindous qui viennent y adorer Siva.

Nous faisons une courte randonnée le long de la rivière Bagmati aux environs de Katmandu et visitions la stupa Bodh Nath et le Pashupati Nath le Bénarès du Népal. Le Bodh Nath Stûpa décoré de multiples banderoles de prières, nous surveille avec arrogance de ses yeux éternels aux couleurs ocre et bleu. L'endroit est fréquenté par une multitude de pèlerins et de réfugiés tibétains qui n'en finissent pas de manipuler les multiples mani, ces moulins à prières gigantesques. Tout autour de l'immense et blanche stûpa, les masures des prêtres et Lamas s'agglomèrent dans un fouillis indescriptible.

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Nous lions amitié avec de jeunes réfugiés fraîchement arrivés du Tibet. Nous passons des heures avec eux, et ils nous racontent ce qui se passe à Lhassa. Les soldats et les gardes-rouges brûlent les temples, assassinent et jugent les gens au nom du Maoïsme. Nous nous rendrons plus tard par les ruelles étroites et sordides de la vieille ville de Katmandu dans leur logement étroit et insalubre. Nous rencontrons là, d'autres réfugiés de tous âges qui discutent et essaient de se composer une nouvelle vie. On nous montre des "tongas", ces peintures sacrées arrachés aux flammes des temples de Lhassa. Ils portent encore les traces du feu. Nous négocions l'achat d'un de ces tongas que nous rapporterons avec nous et qui trône depuis dans notre salon, à narguer mais sans perturber l'"inconscience gauchiste" de nos amis de passage témoignant pourtant de la barbarie communiste.
Sur les livres des écoliers qui s'attroupent autour de Durbar square, on peut voir avec horreur des pages de revues chinoises montrant les parades, les drapeaux, la marche du peuple chinois vers sa destinée; des slogans immergés dans le rouge qui pourrait bien être du sang le jour où ce puissant pays viendra écraser le Népal comme il l'a fait du Tibet. Et pourquoi pas l'Inde si près et si réceptive à ces dialectiques suicidaires. Partout des boutiques se consacrent entièrement aux œuvres maoïstes.
Nous finissons cette journée bien remplie par une ballade à l'est de Katmandu sur une hauteur de Kakani d'où nous pouvons voir dans le lointain, le profil mystérieux de l'Everest.

2 mars, la route du Tibet
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Népal, le palais Hanuman Dhoka, l'ancien palais royal sur Durbar Square à Katmandu, des pèlerins hindous qui sillonnent les temples, les ablutions sacrées dans le Tushahity le bain royal.

Nous découvrons avec surprise l'existence d'une route moderne et facile d'accès qui mène à la frontière du Tibet. Ce sera également l'ultime tentative que l'on sait illusoire, d'entrer au Tibet ayant visité à cette fin et sans succès les ambassades chinoises du Pakistan, de l'Inde, de l'Afghanistan; nous sommes obnubilés par notre incapacité à franchir cette frontière inexpugnable.
La route est récente et totalement déserte, nous en sommes les seuls utilisateurs et on comprend mal son utilité. Construite par les chinois, on imagine qu'elle assurera l'avancée prochaine des nouveaux évangélisateurs, les génocideurs, les armées rouges, les garde-rouges portant le livre sacré de la nouvelle foi venue de Chine et pour qui cette route d'invasion a été construite. Nous atteignons la frontière tibétaine en quelques heures sur une route rapide qui longe un cours d'eau bordé de montagnes de moyenne hauteur; l'enchâssement de la route ne nous permet pas d'apercevoir l'horizon et les montagnes enneigées des Himalayas. Nous ferons demi-tour aux barrages frontaliers avant Kadori, convaincus de ne pouvoir jamais percer le mystère du Tibet.

3 mars, Patan (Lalitpur) et Badgaon.
.. Patan, ville de beauté telle que désignée par Asoka. Durbar Square est flanqué de la façade du palais et des temples aux sentinelles sorties d'un conte de fées, des dragons, des griffons, des personnages aux postures provocantes, grotesque et érotiques, peints de couleurs vives.

Nous visitons aujourd'hui Patan qui nous transporte dans un monde de mystères. Ici derrière les murs ajourés de ce temple se prépare une fête importante. Une fête cruelle et sanguinaire où seront sacrifiés des buffles, animal qui symbolise le vice contrairement à la vache qui symbolise la vertu.
On voit de nombreux porteurs qui transportent de lourds fardeaux. On a l'impression d'être retournés sur la terre des amérindiens. Leur faciès est le même, leurs habitudes, leurs vêtements et leur façon de porter les fardeaux, une lanière sur le front. L'essence de ces peuples semble la même que celle des amérindiens et il est tout à fait aberrant de constater autant d'affinités qui n'ont pas été violées par le temps.

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Patan, Le temple de Krishna Mandir construit au 13ème siècle par le Rajah Narsingh Malla.
Le temple Mahaboudha dont chaque brique reproduit une étape de la vie du grand Gautama, un autel y est consacré à sa mère, Maya Devi la Sainte-Vierge bouddhiste.
Le temple Machandra Nath combine les cultes hindouïste et bouddhiste.
Le monastère Hiranya Varna Mahavihar (pagode de Lokeshwor, lord Buddha).

Badgaon est vraiment la ville des pagodes. Il n'y a pas de bâtiments modernes pour défigurer cet ensemble architectural d'un autre âge. Elle n'a pas subi le sort des autres villes qui ont été détruites par le terrible Prizi Narayan et capitula sans conditions évitant la destruction. Digne d'intérêt est le beffroi supportant l'effigie du souverain Bhupatindra Malla. Les temples hindous qui sont en majorité sont décorés de bas-reliefs plutôt osés, illustrant des poses érotiques capables de faire rougir beaucoup d'occidentaux.

. Badgaon ou Bhaktipur, le pays merveilleux des pagodes. Le Durbar Square, le temple de Bhaïrava, le dieu de la guerre.

.. Badgaon. Le beffroi effrayant, l'effigie du roi Bhupatindra Malla qui trône au sommet d'une colonne se terminant par un lotus de pierre, le temple Nyatpola Deva ou temple des cinq étages décoré de figures titanesques.

4 mars, Katmandu
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Katmandu. Sur Durbar Square, le temple Hiranya Varna, le Maha Vihar, le temple Hanuman Dhoka le dieu-singe aux traits simiesques.

Katmandu. Tout se passe autour de Durbar Square. Sur la place, une vieille pagode dorée le Talejan Majou et à côté le temple de Hanauman le dieu-singe, construit par le roi Jaya Pratab Malla il y a 300 ans. En face, le monastère (vihar) le Kumari Bahat, séjour de la déesse vivante, Kumara Devi une vierge vestale, fillette investie des attributions divines choisie comme le Dalaï Lama au Tibet. Elle réside là et en septembre à la fête de Bhadra Shukla, le roi vient lui présenter ses compliments. Avec un peu de chance (et un somptueux pourboire), on peut la voir à l'une des fenêtres du monastère.
Les temples qui entourent le square sont dédiés au tantrisme, une pratique magico-spirituelle aux fortes incidences charnelles. C'est pour prévenir l'extinction de la race et promouvoir la natalité que les scènes érotiques se sont développées.
Plus loin dans la rue Kola Toller de la vielle ville, un temple ou on conserve un reliquaire sacré, l'organe sexuel féminin ou le yoni du Kama-soutra.

.. Katmandu. Le Durbar Square, le Badi Baitak, palais sur Mahabir,

En circulant sur la place, c'est inquiétant de penser qu'il y avait là il y a encore peu de temps, des sacrifices humains. De nos jours, on sacrifie des buffles lors de la fête de Desehra. On peut imaginer la déesse Durga aux dents crochues, cruelle et sanguinaire, se saoulant du sang des humains, des frissons font trembler nos chairs, elle se contentera du sang des buffles à défaut de notre propre sang. Il y a de la magie dans les religions des Népalais.

Cela n'a pas pu nous faire oublier que notre protection contre le choléra ne sera plus valide dans quelques jours, il faudra la renouveler sur place. Sur les conseils d'un ami, nous nous rendons dans un hôpital de Katmandu. Il y a une longue file d'attente qui nous garde en ligne des heures durant. Les patients qui nous précèdent reçoivent la piqûre avec la même aiguille, nous craignons pour la transmission de maladies. L'infirmière acceptera avec grâce de remplacer l'aiguille pour nous et sans frais malgré que nous lui offrons quelques roupies pour ce service. Nous sommes très prudents ayant constaté le nombre élevé de jeunes occidentaux qui croupissent dans les hôpitaux de Katmandu souffrant d'hépatite. Nous ne sommes pas ici pour partager le désoeuvrement de ces jeunes hippies venus d'Occident et qui se sont jetés dans la dépendance absurde de la drogue. Nous ne sommes les partisans d'aucune dépendance, et si nous sommes hippies, c'est seulement pour être libres.


La suite de ce voyage sera disponible bientôt et comprendra des étapes en Inde du Centre et du Sud ainsi qu'au Sri Lanka.

Marco Polo ou le voyage imaginaire (Voyages et photos de l'auteur, 1969) © 1999 Jean-Pierre Lapointe


Suite des mystères de l'Inde du Centre.


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