Images et impressions de Bali.
Voyage effectué en 1997.


(pour profiter au maximum du voyage, attendez patiemment l'éclosion des nombreuses images et de la trame musicale)

Carte montrant notre itinéraire à travers Bali.


1- Bali: l'île de beauté.

L'avion survole la mer à base altitude puis soudainement, c'est le bout de la piste, comme à Hongkong elle s'immerge dans la mer. Je suis enfin au Paradis, depuis le temps que j'attendais ce moment. Mais le mot Paradis n'existe même pas dans la langue des gens du pays. L'aéroport de Denpensar la capitale de l'île jouxte la ville balnéaire de Kuta. Ville balnéaire qui me fait oublier que tout près de là, je devais me trouver au Paradis; encore une fois aurais-je été berné? Il n'y a là que les traditionnels touristes en mal de plages, de jeux et qui se retrouvent dans des bars créés à leur image, à chanter leurs propres chansons et à manger leur bouffe comme si l'Enfer devait être leur Paradis: c'est l'Australie qui déverse ses troupes dans les bars, les plages, les bordels; je suis un peu déçu, les jardins du Paradis Terrestre ainsi envahis par cette faune vulgaire, pour encore une autre fois venir détruire mes rêves. N'aurais-je pas du ne jamais venir au Paradis et conserver ainsi mes rêves intacts?

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Puis le lendemain je suis sur la route et je découvre ce pays magnifique. La foule vulgaire est restée à Kuta à défier les plages, les vagues et les bars, comme si les élus et les damnés occupaient le même lieu sans se rencontrer et c'est très bien ainsi; mais combien de temps encore les damnés résisteront-ils à venir contaminer le Paradis?
Une chaîne de montagnes qui traverse le centre de cette île trop rapprochée de Java pour se sentir en sécurité, des montagnes d'où se déversent des rizières en cascade et des populations qui sont à mille lieux de la turbulence de Kuta. Des routes en lacets qui descendent des pentes des volcans et qui parfois sont emportés par les torrents.
Dieu dites-moi que vous existez et qu'il est possible que la beauté et l'art triomphent un jour de la vulgarité et de la laideur, et si cela devait se produire quelque part sur terre que ce soit là à Bali où a lieu cette confrontation; dites-moi que cela est possible sinon à quoi bon exister.

2- Bali: l'authenticité de ses populations.

Ils sont là partout dans les rizières, dans les temples, sur les chemins, à vivre, à prier, à travailler et à rire et sans se poser de questions si c'est bien ainsi qu'il faut le faire où à la manière des barbares qui de temps à autre se déversent d'un taxi, d'un car ou viennent s'intégrer à eux en portant d'une manière vulgaire, le sari de batik obligatoire à ceux qui veulent pénétrer leurs temples.
Si quelquefois des enfants vous pourchassent et vous disent en riant: "Monkey, monkey!", n'en restez pas trop longtemps offusqué car c'est à cela que nous ressemblons, à une invasion de singes sauvages venant de la forêt ou bien des hôtels de Kuta.

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Elles sont belles; oh combien elles sont belles, ces balinaises, qui transportent sur leur tête jusqu'au temples ces arrangements artistiquement disposés de fruits multicolores! Comme elles sont belles et pieuses lorsqu'elles prient leurs dieux d'origine hindoue, lorsqu'elles s'aspergent de l'eau sacrée ou qu'elles vous lancent des pétales de fleurs! Ne sont-elles pas elles-aussi des pétales de fleurs? Comme je voudrais que vous restiez belles ainsi et que vous résistiez à la banalité qui vous entoure de si près, de trop près!

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3- Bali: où l'art germe comme le fruit dans l'arbre.

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Partout dans l'île, des chevaux sculptés dans la pierre qui se cabrent aux carrefours, des divinités qui protègent les villageois, des clôtures aux dessins tortueux façonnés dans la pierre de lave, les portes des "Pura", ces temples qui couvrent l'île et dont l'entrée est faite de deux portails identiques découpés par un couteau gigantesque tenu par Dieu lui-même. Ici et là le long des routes étroites, des ateliers de sculpture qui déversent les reproductions des déités, des assemblages préfabriqués aux multiples formes servant à façonner les temples, les clôtures, les jardins: un pays submergé dans l'art et la beauté divinisée! Comment ne pas oublier jusqu'au retour à Kuta pour la nuit, la vulgarité qui se trouve là réunie en un seul lieu?

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Elle était là dans ses vêtements traditionnels balinais, elle avait à peine seize ans; elle vendait des tableaux traditionnels inspirés de la Pita Maya ou du style d'Ubud, dans un kiosque du marché de Kuta, parmi la foule vulgaire. Elle était belle dans son sarong en batik aux dessins multicolores et elle me disait qu'elle dansait le soir au temple de son village. Toujours belle à Kuta malgré la foule vulgaire, mais pour combien de temps encore? Moi je prie pour qu'elle résiste et qu'elle danse le Legong éternellement dans le temple de son village dans son maquillage élaboré, dans ses vêtements tissés de broderies d'or qui lui collent à la peau et sa coiffure fleurie, belle au sourire large, à l'œil souligné de khôl qui roule comme un automate espiègle; je t'en prie, reste belle, je t'en prie aide-moi à supporter la banalité du monde, reste belle ainsi de l'extérieur et dans ton âme à déjouer le monde vulgaire.

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Regarde là-haut cette reproduction de l'enfer peinte sur les plafonds du Kertha Gosa à Klungkung comme si un peintre d'un autre temps avait pressenti l'invasion vulgaire des temps modernes: les femmes violées, les hommes torturés, la rencontre du bien et du mal, de la beauté et de la vulgarité, comme si un prophète d'un autre temps était venu nous lancer un message. Quel ras de marée viendra-t-il un jour balayer de ses vagues la piste de l'aéroport de Kuta ou installer des monstres carnivores dans le détroit qui sépare l'île de Beauté de Java la destructrice, celle qui avale et dévore les peuples de ses îles comme un monstre qui dévore son âme?

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Marco Polo ou le voyage imaginaire (Voyages et photos de l'auteur, 1997) © 1999 Jean-Pierre Lapointe


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